EN FAIT
Considérant que les faits de la cause peuvent se résumer ainsi:
Le requérant, ressortissant allemand né en ..., demeure actuellement
à A. (République Fédérale d'Allemagne). Le ... 1956, le Tribunal
d'Echevins (Amtsgericht-Schöffengericht) d'A. l'a condamné à cinq mois
de prison avec sursis pour avoir falsifié le testament de son épouse,
feu G.X. Le jugement se fondait sur les expertises graphologiques des
MM. B, C et D, qui avaient confronté ledit testament, date du ... 1945,
avec un premier testament olographe du ... 1942, qui disposait en
faveur d'une dame E.
Le Tribunal a également relevé que le prévenu avait, par la suite,
cherché à conserver par devers lui une somme léguée à la dame E. Le
requérant a appelé de cette décision devant le Tribunal (Landgericht)
d'A. qui, le ... 1958, lui a infligé trois mois de prison avec sursis
pour faux en écriture et tentative d'escroquerie (versuchten Betrug).
Son pourvoi en cassation (Revision) a été rejeté par la Cour
(Oberlandesgericht) d'A. le ... 1958.
Un pourvoi en révision (Wiederaufnahme des Verfahrens), que X. avait
formé le ... 1958, a été déclaré irrecevable malgré un rapport établi
par l'expert graphologue F, les ... et ... 1958, et concluant à
l'innocence du condamné. Celui-ci a introduit alors devant le Tribunal
(Landgericht) d'A., le ... 1960, un second recours en révision reposant
sur une expertise faite par M. G. le ... 1960. Ce recours a subi le
même sort que le premier (..). S'appuyant sur les résultats, également
favorables, d'une troisième expertise graphologique, celle de M. H.
(... 1960), X. .. a attaqué le jugement du ... 1960 au moyen d'une
requête (sofortige Beschwerde) qui a, elle aussi, été déclarée
irrecevable, le ... 1960, par la Cour d'Appel (Oberlandesgericht) d'A.
Le requérant allègue la violation du paragraphe 2 de l'article 6 de la
Convention, qu'il a d'ailleurs invoqué dans ses recours en révision.
A ses yeux, les juridictions allemandes ont enfreint les prescriptions
de ce paragraphe de deux manières.
En premier lieu, l'Oberlandesgericht a estimé que la présomption
d'innocence ne joue qu'en faveur d'un accusé (Angeklagten) et non d'un
condamné (Verurteilten). D'après la Cour, "cette présomption n'est pas
illimitée dans le temps, mais ne vaut que jusqu'à preuve légale de la
faute de l'accusé". Cette preuve une fois faite, on sortirait du champ
d'application de l'article 6, paragraphe 2, de la Convention et
l'accusé ne pourrait étayer un recours en révision que sur les
dispositions du Code allemand de Procédure pénale.
Pour le requérant, au contraire, la présomption d'innocence bénéficie
également au condamné. Par conséquent, l'Etat doit prouver la faute de
celui-ci lors de la procédure en révision. Or, cette preuve ne saurait
être considérée comme rapportée en l'espèce, puisqu'aux conclusions des
experts près les tribunaux s'opposent celles de trois experts privés.
D'autre part, l'article 359, paragraphe 5 du Code de Procédure pénale
subordonne la recevabilité d'un recours en révision à la production de
faits ou moyens de preuve nouveaux qui, seuls ou en liaison avec les
moyens précédemment soumis, sont de nature à entraîner l'acquittement
du condamné. La Cour d'Appel a refusé d'admettre que les rapports
d'expertise susmentionnés constituaient des moyens de preuve nouveaux
au sens de l'article 359. Elle a jugé que, faute de circonstances
faisant apparaître l'expertise antérieure comme insuffisante ou
erronée, sur la base de nouvelles connaissances scientifiques, de
nouvelles données de l'expérience ou de nouveaux faits en relation avec
la cause, une simple contre-expertise ne saurait motiver un jugement
plus favorable.
Selon le requérant, en revanche, la recevabilité d'un recours en
révision ne présuppose pas nécessairement la présentation d'une
nouvelle expertise "supérieure" (nberlegenes Gutachten), mais
simplement celle d'une expertise de valeur équivalente (gleichwertiges
Gutachten). En écartant ce point de vue, la Cour d'Appel aurait commis
une seconde violation de l'article 6, paragraphe 2 de la Convention:
l'exigence d'une expertise de valeur supérieure imposerait au demandeur
en révision l'obligation de démontrer son innocence, ce que le
requérant tient pour inadmissible. Une expertise de valeur équivalente
ébranle les moyens de preuve sur la base desquels l'accusé a été
condamné et, dans le doute, c'est en faveur de celui-ci qu'il faut
trancher.
Le requérant réclame l'annulation de l'arrêt de la Cour d'Appel d'A.
du ... 1960 et la révision de son procès.
EN DROIT
Considérant, quant à la violation alléguée du paragraphe 2 de l'article
6 (art. 6-2) de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et
des libertés fondamentales, qu'aux termes de ce paragraphe "toute
personne accusée d'une infraction (charged with a criminal offence) est
présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement
établie";
Que l'Amtsgericht, puis le Landgericht d'A. ont condamné le requérant
pour faux, usage de faux et escroquerie, et que la Cour
(Oberlandesgericht) de la même ville a confirmé le second de ces
verdicts; que l'intéressé ne paraît cependant pas prétendre que, ce
faisant, la justice allemande n'ait pas "légalement établi" sa
culpabilité, au sens de l'article 6, paragraphe 2 (art. 6-2); qu'au
surplus, rien ne permet à la Commission, en l'état actuel du dossier,
de douter que les jugements des ... 1956 et ... 1958 et l'arrêt du ...
1958 aient porté atteinte à la présomption d'innocence;
Que X. .. semble se plaindre uniquement, à cet égard, des diverses
décisions rendues ultérieurement au sujet de ses recours en révision
(Wiederaufnahme des Verfahrens); que la Commission constate néanmoins
qu'au moment de l'introduction de ces recours, le requérant ne
possédait plus la qualité d'"accusé", au sens de l'article 6,
paragraphe 2 (art. 6-2), mais bien celle de condamné, car il se
heurtait à l'autorité de la chose jugée et s'efforçait précisément de
la renverser en produisant des faits et moyens de preuve présentés par
lui comme nouveaux; qu'en outre, le Tribunal (Landgericht) et la Cour
(Oberlandesgericht) d'A. se sont bornés à apprécier la recevabilité
desdits recours, et plus particulièrement à rechercher si les
expertises graphologiques invoquées par X. justifiaient ou non, eu
égard aux dispositions du Code de Procédure pénale, la réouverture du
procès; qu'ils ont tranché le problème par la négative; qu'après le ..
1958 (1), ces deux juridictions ne se sont trouvées saisies d'aucune
accusation pénale dirigée contre le requérant, qu'il s'agisse de
l'accusation initiale ou de celle que le ministère Public aurait pu
formuler ou renouveler si la demande en révision avait été déclarée
recevable; que l'article 6, paragraphe 2 (art. 6-2) de la Convention,
dès lors, ne s'appliquait pas en l'occurrence; qu'il s'ensuit que le
grief en question est incompatible avec les dispositions de la
Convention et, partant, irrecevable par application de l'article 27,
paragraphe 2 (art. 27-2);
Considérant, quant aux autres aspects des décisions judiciaires
litigieuses, que la Commission a pour seule tâche, selon l'article 19
(art. 19) de la Convention, d'assurer le respect des engagements
résultant de celle-ci pour les Etats Contractants; qu'il en découle
notamment, compte tenu des prescriptions de l'article 27, paragraphe
2 (art. 27-2), que la Commission, au stade de l'examen de la
recevabilité des requêtes introduites en vertu de l'article 25
(art. 25), ne peut connaître des erreurs de fait ou de droit
éventuellement commises par les juridictions internes des Etats
contractants que si et dans la mesure où ces erreurs lui semblent
susceptibles d'avoir entraîné la violation de l'un des droits et
libertés garantis par la Convention; que la Commission n'a pas
découvert en l'espèce, l'apparence d'une telle violation; qu'il y a
lieu, par conséquent, de rejeter la requête sous ce rapport par
application de l'article 27, paragraphe 2 (art. 27-2) de la Convention,
pour défaut manifeste de fondement;
Par ces motifs, déclare la requête irrecevable."
-------------------------------------
(1) Date de l'arrêt mentionné au paragraphe précédent.