EN FAIT
Considérant que les faits de la cause peuvent se résumer comme suit:
Le requérant de nationalité autrichienne est domicilié à Vienne. Sa
requête a été introduite auprès de la Commission par Maître A, avocat
à Vienne, agissant au nom et pour le compte du requérant.
Au cours des débats de l'Assemblée Nationale autrichienne (Nationalrat)
le requérant fut l'objet de certaines observations de la part d'un
député. Jugeant ces observations sciemment fausses et diffamatoires,
il assigna ce dernier devant le Tribunal régional (Kreisgericht) de
Wiener Neustadt en demandant la publication dans un journal d'une
déclaration de retrait de ces remarques. Son action fut déclarée
irrecevable par une décision en date du .. janvier 1967, au motif qu'en
vertu de l'article 57 de la Constitution autrichienne un député ne peut
être assigné devant un tribunal civil pour des propos tenus par lui au
cours des débats de l'Assemblée Nationale, sa responsabilité n'existant
qu'envers le Président de l'Assemblée.
Cette décision fut confirmée par la Cour d'Appel de Vienne le .. mars
1967 et notifiée à l'avocat du requérant le .. mai 1967. Au lieu de
laisser les dépens à la charge du requérant, cette décision disposait
qu'ils seraient compensés (gegenseitig aufgehoben).
Le requérant estime être victime d'une violation de l'article 6,
paragraphe 1, de la Convention pour avoir été empêché de faire
reconnaître et déterminer un tribunal, sous les conditions précisées
par cet article, un droit civil, en l'espèce le droit à sa réputation.
D'autre part, le pouvoir, dont est investi le Président de l'Assemblée
Nationale, d'assurer la police des débats ne pourrait être considéré
comme ouvrant une voie des recours au requérant.
EN DROIT
Considérant que le requérant se plaint d'avoir été privé par le jeu de
l'immunité dont jouissant les députés à l'Assemblée autrichienne, de
son droit à faire déterminer par un tribunal un droit civil, au sens
de l'article 6, paragraphe 1 (art. 6-1), de la Convention de Sauvegarde
des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales, en l'espèce le
droit à la protection de sa réputation; qu'il y a lieu d'observer que
ce droit constitue effectivement un droit de caractère civil, au sens
dudit article 6, paragraphe 1 (art. 6-1); que, selon un principe de
droit public généralement reconnu dans les Etats à régime
parlementaire, et surtout dans les Etats parties à la Convention, aucun
parlementaire ne peut être assigné en justice, sans le consentement du
Parlement, à l'occasion des opinions exprimées par lui dans l'exercice
de son mandat;
Que ce principe est même inscrit à l'article 40 du Statut du Conseil
de l'Europe, en ce qui concerne les membres de l'Assemblée Consultative
qui, sur le plan européen, exercent des fonctions de caractère
parlementaire;
Qu'en conséquence, les dispositions de l'article 6, paragraphe 1
(art. 6-1), de la Convention, d'après lesquelles toute personne a droit
à ce que sa cause, en matière civile, soit entendue par un tribunal
indépendant et impartial, doivent être interprétées sous réserve de
l'immunité parlementaire traditionnellement reconnue;
Qu'en effet, il est inconcevable que les Etats parties à la Convention
aient voulu, en s'engageant à reconnaître le droit défini à l'article
6 (art. 6), déroger à un principe fondamental du régime parlementaire,
principe qui se trouve inscrit dans les constitutions de la
quasi-totalité de ces Etats;
Que par conséquent, l'examen du dossier ne permet de dégager, en
l'état, aucune apparence de violation des droits et libertés garantis
par la Convention; qu'il échet donc de rejeter la requête en vertu de
l'article 27 par. 2 (art. 27-2), comme incompatible avec les
dispositions de la Convention;
Par ces motifs, DECLARE LA REQUETE IRRECEVABLE.